Où l’on parle d’Hideo Kojima en général, et de la traduction de Policenauts en particulier.

24 08 2009

Oui, je sais : j’ai légèrement mis de côté ce blog ces derniers temps. J’ai honte.

Mais je vais essayer de relancer Leguminon pour la rentrée, progressivement. Promis.
J’en profite pour rappeler que vous n’êtes pas obligé de visiter cette page pour savoir si j’ai mis le blog à jour, mais qu’il est possible d’être prévenu de l’écriture d’un nouveau billet soit par flux RSS, soit par email. Regardez dans la colonne de droite.

Oui, donc, comme son titre l’indique ce nouveau billet est consacré, entre autres, à un jeu édité par Konami en 1994 sur PC-98 (un ordinateur japonais construit par NEC et qui aura connu un grand succès dans l’archipel) et qui fut par la suite adapté sur 3DO, Playstation et Saturn : Policenauts.

policenauts_front

Il est possible que ce nom évoque quelque chose à certains d’entre vous : en effet, plusieurs références à ce jeu étaient présentes dans Metal Gear Solid (PSX, 1998), un autre jeu Konami.
Ainsi on pouvait voir ce poster dans le bureau d’Hal Emerich (Otacon)  :

Il s'agit d'une reproduction de la boite originale du jeu. J'aurais bien posté une capture du bureau d'Otacon dans MGS, mais impossible de retrouver une image potable sur le net.

Il s'agit d'une reproduction de la boite originale du jeu. J'aurais bien posté une capture du bureau d'Otacon dans MGS, mais impossible de retrouver une image potable sur le net.

Et des extraits du jeu étaient visibles dans la même séquence, illustrant la passion d’Otacon pour les séries d’animation japonaises :


Les extraits de Policenauts sont présents au tout début de la vidéo.

D’autres références à Policenauts se retrouvent dans la saga Metal Gear. Si vous n’avez pas peur de vous faire spoiler, vous pouvez regarder cette vidéo qui tente de les recenser d’une manière exhaustive. Par ailleurs, Policenauts fut le premier jeu incluant le personnage de Meryl Silverburgh, quatre ans avant son apparition dans MGS premier du nom :

Notez le tatouage "Fox Hound" sur l'épaule gauche, déjà présent.

Notez le tatouage "Fox Hound" sur l'épaule gauche, déjà présent.

Notez également le côté "bad ass" qui contraste avec la Meryl innocente/débutante/n00b de MGS.

Notez également le côté "bad ass" qui contraste avec la Meryl innocente/débutante/n00b de MGS.

Mais commençons par le commencement : Policenauts est un jeu d’aventure écrit et dirigé par Hideo Kojima et qui sert de suite spirituelle à Snatcher (MSX2, 1988).
Kojima a toujours été un grand cinéphile, et cherchera dès ses débuts en tant que game-designer à adapter les mécanismes narratifs mis en place par plusieurs générations de cinéastes au jeu-video. Son premier jeu, conçu en 1986 et appelé The lost Warld (un jeu de mot foireux comme seuls les japonais savent en faire entre “War” et “World”, et une référence au livre de Conan Doyle) était un jeu de plate-forme inspiré de Mario mettant en scène une femme masquée évoluant dans un univers à la Indiana Jones (?!), et se caractérisait déjà par son ambition en terme de game design comme de narration.
C’est justement cette ambition qui sera fatale à Lost Warld : trop complexe, trop original, mal géré par un Kojima débutant et n’ayant pas conscience des limites des machines de l’époque, le projet prends l’eau et Konami décide d’annuler sa sortie. Aujourd’hui, vingt ans plus tard, très peu d’informations ont filtrées sur le jeu, aucune image n’est trouvable, et les informations disponibles sur le net se limitent à celle que j’ai donné – le projet est mentionné dans le livret accompagnant la version collector (“Premium pack”) de Metal Gear Solid.

Suite à cet échec, Konami impose à Kojima un projet plus simple et moins personnel : un jeu de guerre sur MSX2, l’ordinateur japonais conçu par Microsoft pour faire émerger un standard parmis les différents types d’ordinateurs personnel. Problème : le MSX2 ne peut afficher qu’un nombre très limité d’éléments à l’écran, et un jeu d’action contenant de nombreux ennemis et projectiles risque de faire ramer la machine. Kojima choisira de contourner ce problème en concevant un jeu où le joueur doit éviter de tirer, et où le nombre d’ennemis à l’écran est relativement faible : Metal Gear était né. Note : la version NES est différente, et nulle. Jouez à la version MSX2.

Le succès de Metal Gear permettra à Kojima de se lancer dans un projet plus personnel : Snatcher. Il s’agit d’un jeu d’aventure TRES fortement inspiré de Blade Runner et Terminator, et qui se joue intégralement au clavier. Pour vous donner une idée de la chose, voici l’introduction de la version Mega-CD :

Comme vous pouvez le constater, Snatcher possède l’une des dédicace les plus cool jamais vu au cinéma ou dans le monde des jeux-video : “This story is dedicated to all those cyberpunks who fight against injustice and corruption every day of their lives“. Yeah !

Comme je l’écrivais plus haut, le jeu se contrôle uniquement au clavier: une liste de verbe s’affiche à l’écran (ouvrir, regarder, parler, etc…), le joueur sélectionne celui qu’il veut puis choisit l’élément à utiliser (porte, fenêtre, arme, etc…) dans une liste déroulante. Cela peut sembler limité pour les fans de jeux d’aventure occidentaux (Monkey Island et compagnie) pour qui la “chasse au pixel” est une part importante du gameplay, mais je vous assure qu’a aucun moment on ne se sent limité par l’interface, bien au contraire.

Une scène de gameplay typique de Snatcher.

Une scène de gameplay typique de Snatcher.

Snatcher est un jeu intelligent, drôle, bien écrit, prenant, rempli d’idées géniales et de personnages attachants, et tout joueur digne de ce nom devrait au moins y jeter un oeil.

Par ailleurs, il s’agit du premier jeu a mettre en scène Metal Gear MKII, un petit robot parlant qui vous assiste et qui réapparaitra dans MGS4 près de vingt ans plus tard.

Oui, Kojima adore s'auto-référencer.

Oui, Kojima adore s'auto-référencer.

Le jeu se déroule à Neo Kobe dans les années 2050 : une explosion ayant eu lieu à Moscou en 1996 a provoqué le rejet dans l’atmosphère de Lucipher Alpha, un virus développé comme arme de guerre par l’armée russe pendant la guerre froide. Lucipher Alpha provoquera la mort de 80% des habitants d’Asie et d’europe de l’est, et modifiera grandement l’équilibre politique de la planète. Cinquante ans plus tard, une équipe de secours envoyée pour sauver les victimes d’un crash aérien découvre les restes d’un cyborg, qui avait vraisemblablement pris l’apparence d’un des passagers pour embarquer. Très vite, les autorités se rendent compte qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé, mais que des cybord d’origine inconnue ont infiltré la population. Une équipe spéciale, les Junkers, est mise en place pour identifier et neutraliser la menace.

Comme je le disais plus haut c’est Blade Runner où les réplicants ont été remplacés par des Terminators. Cool, non ?

Le jeu se divise en deux phases : les phases d’aventure, dont j’ai parlé plus haut et qui représentent la majorité du jeu, et les phases d’actions où l’on doit se défendre contre des cyborgs.

Le viseur peur se trouver sur l'une des neuf cases, et touche tout ennemis se trouvant sur la case en question. Ca peut sembler trop simple ou manquer de précision, mais je vous assure que c'est au contraire très fun.

Le viseur peur se trouver sur l'une des neuf cases, et touche tout ennemis se trouvant sur la case en question. Ca peut sembler trop simple ou manquer de précision, mais je vous assure que c'est au contraire très fun.

Snatcher va, durant les 8 années suivant sa sortie, être adapté sur tous les supports possibles et imaginables : après la version MSX2 viendra la version PC-88 (ordinateur japonais ancêtre du PC-98), puis la version PC-Engine (console de NEC connue sous le nom de TurboGrafX en occident), puis la version Mega-CD (le machin qui se branchait sur la Megadrive) puis enfin des version Playstation et Saturn.

La meilleure version est, de l’avis de la majorité, la version Mega-CD. Coup de pot, il s’agit également de la seule version sortie aux états-unis, et donc qui bénéficie d’une traduction anglaise (voix et textes).
Cette version peut être trouvée assez facilement sur le net, et peut être jouée avec l’émulateur Gens, par exemple. Vous aurez besoin du BIOS américain du mega CD, qui peut lui aussi se trouver facilement.

Par la suite, Kojima créera Metal Gear 2 : Solid Snake (MSX2, 1990), tout simplement un des plus grands jeux de tous les temps. MG2 n’est jamais sorti en occident et n’avait jamais été officiellement traduit en anglais jusqu’a la sortie de la version collector de Metal Gear Solid 3, il y a 5 ou 6 ans.

Il est dur de noter toutes les idées géniales contenues dans ce jeu. Pour faire simple : Metal Gear Solid, sur Playstation, est un remake déguisé de MG2. L’histoire est différente, mais le gameplay et la construction des niveaux est très proche, et toutes les idées considérées comme révolutionnaires et jamais vues par la presse spécialisée en 1998 étaient déjà présentent, en 2D, huit ans plus tôt, à une époque où tout le monde jouait encore sur NES. Seul exception (mais de taille) : le combat contre psycho mantis, réellement inédit et qui a lui seul justifie l’existence de Solid.

Bref, Metal Gear 2 est l’exemple typique du jeu largement en avance sur son temps, vraiment important pour l’histoire du médium et honteusement passé inaperçu. Pour y jouer aujourd’hui, vous pouvez soit utiliser un émulateur MSX avec une version japonaises patchée avec (l’excellente) traduction amateur disponible, soit acheter la version collector de Metal Gear Solid 3 (subsistence) qui contient les deux premier Metal Gear en bonus, avec un mode facile et des objets en plus. A noter que cette dernière version est “bugguée” : le jeu original sur MSX2 contenait une idée purement Komijesque nécessitant le manuel pour avancer. Problème : le manuel original n’est pas inclut dans MGS3:Subsistence, et vous devrez le télécharger ou chercher la solution sur Gamefaqs.

Ce qui nous amène enfin à Policenauts. Originellement sorti en 1994 sur PC-98 et 3DO (mais si, la console de Trip Hawkins, voyons !), il sera adapté deux ans plus tard sur Playstation et Saturn.
Une version US était prévue sur Saturn et la traduction du script était même achevée, mais devant l’échec de la console de SEGA et les coûts importants de la localisation (Policenauts contient énormément de dialogues parlés), Konami a décidé d’en annuler la sortie.

Policenauts était donc, jusque hier soir, le seul et unique jeu d’Hideo Kojima disponible uniquement en Japonais. Jusque hier soir ? Ben oui, hier soir l’excellent site Policenauts.net a enfin sorti un patch de traduction – le début du développement du patch avait commencé il y a 5 ans, en 2004.

Ceux qui ont joué à la version Playstation de Metal Gear Solid et qui ont cliqué sur le lien précédent ont du reconnaitre le “Dou, dou, dou, dou dou dou” qui accompagnait le logo Konami. Il s’agit en fait du thème principal de Policenauts.

Le logo du jeu.

Le logo du jeu.

Policenauts est donc un jeu d’aventure “point and click”, reprenant le gameplay des jeux d’aventure occidentaux se jouant à la souris.

Un des points les plus importants de Policenauts est son ambiance : on a, comme pour Snatcher, des graphismes et une bande-son qui forment un univers vraiment attachant et “unique” (même si très fortement inspiré d’autres oeuvres). Contrairement à la plupart des jeux d’aventure de l’époque, qui utilisaient de simples images fixes comme fond, Policenauts utilise régulièrement de la video.

Oui, alors forcément ça se voit pas sur une capture d'écran, mais en fait l'image que vous voyez est une vidéo qui tourne en boucle, ce qui permet d'avoir des effets de lumière et des animations impossibles à avoir avec un jeu d'aventure classique genre Rise of the Dragon, dont je parle sur ce même blog.

Oui, alors forcément ça se voit pas sur une capture d'écran, mais en fait l'image que vous voyez est une vidéo qui tourne en boucle, ce qui permet d'avoir des effets de lumière et des animations impossibles à avoir avec un jeu d'aventure classique genre Rise of the Dragon, dont j'ai déjà parlé sur ce même blog.

L’histoire se déroule dans le futur, en 2013, alors que la Terre vient de construire la première colonie spatiale totalement fonctionnelle, Beyond Coast. Pour superviser la sécurité de cette base internationale, cinq agents issus des services de police du monde entier (le LAPD de Los Angeles, Scotland Yard, la police de Tokyo, etc) sont choisis, et doivent subir une formation leur permettant de devenir cosmonautes et d’aller sur la colonie. Mi-policiers, mi-cosmonautes, ce sont donc des… POLICENAUTS (Ta daaaaa !).
Lors du test d’une nouvelle combinaison permettant de se mouvoir dans l’espace, un accident a lieu et Jonathan Ingram, l’un des cinq policenauts, à la base membre de la police de Los Angeles, se retrouve projeté dans l’espace. Considéré comme mort, il est pourtant récupéré 25 ans plus tard par une mission de reconnaissance : sa combinaison l’avait placé en sommeil artificiel (oui, comme dans Aliens) ce qui lui a permis de ne pas vieillir.
Ne sachant que faire dans un monde qu’il ne connait plus, Ingram retourne vivre à Los Angeles, et devient détective privé. Un jour, son ex-femme (qui a maintenant l’âge d’être sa mère) vient le voir pour lui demander de retrouver son nouveau mari, mystérieusement disparu.

Notre héro.

Notre héro.

Le joueur incarne donc Jonathan Ingram et va devoir faire la lumière sur tout cette affaire.
Toute l’histoire est racontée à travers des séquences animée d’excellente qualité (voir la vidéo postée tout en haut de cette page).

Je n’ai pas eu le temps de beaucoup jouer au jeu, et je ne peux donc pas me lancer dans une critique approfondie. En fait, le but de ce post est surtout de faire en sorte d’attirer l’attention de mon merveilleux lectorat vers la sortie de ce patch de traduction.

Il faut préciser que si le patch sort officiellement aujourd’hui, ce n’est pas un hasard : nous sommes, aujourd’hui lundi 24 août, le jour du 46 ème anniversaire d’Hideo Kojima. Je me suis dit qu’en profiter pour parler également de ses premiers jeux serait également une bonne idée.

Le patch de traduction disponible sur policenauts.net contient un fichier txt avec des instructions précise sur la méthode à utiliser pour traduire le jeu et sur le meilleur moyen de l’émuler. Lisez-le en entier. Je rajouterais que l’émulateur ePSXe permet de jouer à la souris sur PC, ce qui est tout de même beaucoup plus pratique et ergnomique.

Bonne partie !

Et en plus il y a de la violence gratuite. Que demande le peuple ?

Et en plus il y a de la violence gratuite. Que demande le peuple ?


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2 réponses

8 05 2011
Anonyme

Excellent article ! Félicitations !

8 05 2011
parasoft

J’aime !

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